Devenir son propre centre de formation dans le soin : pourquoi SOS Oxygène transforme l’entreprise en école interne

Dans la santé, recruter ne suffit plus. Quand les besoins explosent, que les vocations se raréfient et que les prises en charge se déplacent vers le domicile, la vraie bataille se joue sur la création de compétences et la fidélisation des talents. C’est précisément le choix stratégique assumé par SOS Oxygène, selon Luc Pastorel : devenir son propre centre de formation pour former, faire évoluer et intégrer durablement des profils opérationnels.

Spécialiste de l’assistance respiratoire à domicile et de l’oxygénothérapie, le groupe compte aujourd’hui 90 agences en France et à l’étranger et 2 700 collaborateurs, dans un contexte de développement renforcé après l’acquisition de VitalAire Japan. Cette dynamique se heurte toutefois à une réalité partagée par l’ensemble du secteur : la pénurie de profils médicaux et techniques.

Dans ce paysage, l’entreprise-école n’est pas un “plus RH”. C’est un levier concret pour sécuriser les recrutements, structurer des parcours et rendre les métiers du soin à domicile plus accessibles, plus attractifs et plus durables.


Un secteur sous tension : quand la demande de soin et la main-d’œuvre ne se rencontrent plus

Le marché du travail montre un paradoxe marquant : une part importante de jeunes restent éloignés de l’emploi, tandis que des secteurs essentiels peinent à recruter. D’un côté, le chômage des jeunes remonte à 21,5 %. De l’autre, le secteur du soin affichait en 2024 plus de 330 000 projets de recrutement.

Ce décalage n’est pas seulement un sujet de volume : c’est une question de compétences disponibles, de rapidité de montée en autonomie et d’adéquation entre la réalité des métiers (terrain, astreintes, relation patient, rigueur des process) et les viviers classiques.

Pour un groupe en croissance comme SOS Oxygène, l’enjeu devient très opérationnel : comment continuer à déployer des équipes qualifiées au plus près des patients, sans dépendre uniquement d’un marché externe sous tension ?


Le virage ambulatoire : la croissance des besoins se déplace vers le domicile

Le virage ambulatoire transforme la carte des besoins de santé. En visant à soigner davantage à domicile plutôt qu’à l’hôpital, il répond à un objectif clair : désengorger des structures hospitalières durablement sous pression. Mais ce déplacement crée un effet mécanique : la demande en professionnels capables d’intervenir chez le patient augmente.

Ce changement favorise des acteurs spécialisés dans le domicile, mais impose aussi des exigences fortes en termes d’organisation :

  • Disponibilité et continuité de service (y compris selon les organisations d’astreinte) ;
  • Rigueur dans l’application des process (sécurité, traçabilité, qualité) ;
  • Capacité d’intervention sur le terrain, au contact direct des patients ;
  • Coordination avec des équipes médicales et paramédicales.

Dans ce contexte, former “à la réalité du terrain” devient un avantage compétitif majeur : l’entreprise peut aligner la formation sur les besoins réels, et non sur des hypothèses théoriques.


Le modèle “entreprise-école” : créer des compétences internes plutôt que subir la pénurie

Le choix de SOS Oxygène est clair : transformer l’organisation en véritable école interne. L’objectif n’est pas seulement d’accueillir des talents, mais de structurer une montée en compétences cohérente, progressive et directement utile aux opérations.

Ce modèle apporte plusieurs bénéfices concrets :

  • Sécuriser les recrutements: moins de dépendance à un marché externe imprévisible.
  • Accélérer l’autonomie: des parcours construits sur les situations réelles rencontrées sur le terrain.
  • Harmoniser les pratiques: une culture process partagée, essentielle à la qualité de service.
  • Fidéliser: proposer un avenir lisible grâce à des étapes d’évolution identifiées.
  • Renforcer le sens: former en interne, c’est aussi valoriser la transmission et la progression.

Autrement dit, la formation devient un outil de performance autant qu’un outil de développement humain.


L’alternance : un choix de long terme, même quand les aides reculent

L’un des piliers de cette stratégie repose sur l’alternance. Alors que les aides publiques à l’apprentissage diminuent en 2026, entraînant une baisse nationale de 5 % des contrats signés, SOS Oxygène affiche une dynamique inverse : +20 % d’alternants sur trois ans.

Ce chiffre illustre un point clé : l’alternance est abordée comme un investissement, pas comme un opportunisme. Le bénéfice est double :

  • Pour l’entreprise : former des techniciens et collaborateurs déjà acculturés aux process et aux exigences du métier, prêts à prendre le relais au moment du diplôme.
  • Pour les jeunes : intégrer un environnement qui donne une place à l’apprentissage “en vrai”, avec des responsabilités progressives et une trajectoire claire.

Dans les métiers du soin à domicile, ce facteur d’acculturation est déterminant. Il réduit les frictions à l’intégration, facilite la collaboration, et renforce la qualité d’exécution sur le terrain.


La promotion interne : structurer des parcours d’évolution qui stabilisent l’encadrement

Former, c’est bien. Donner des perspectives, c’est ce qui rend l’effort durable. SOS Oxygène mise sur la promotion interne pour sécuriser son encadrement avec des profils qui connaissent l’ensemble de la chaîne opérationnelle.

Cette logique a un impact direct sur la robustesse de l’organisation :

  • Encadrement porté par des personnes qui maîtrisent les réalités du terrain.
  • Transmission plus naturelle des méthodes et des standards de qualité.
  • Engagement renforcé : l’évolution interne devient une preuve concrète que les efforts paient.
  • Continuité: moins de ruptures lors des changements d’équipe ou de croissance rapide.

Dans un secteur où la disponibilité des profils est limitée, construire des leaders “maison” permet de grandir sans fragiliser la qualité de service.


Une filière dédiée aux ex-sapeurs-pompiers : transformer une expérience terrain en carrière durable

Autre levier fort : SOS Oxygène a structuré une filière de recrutement dédiée aux professionnels de la sécurité civile, notamment les ex-sapeurs-pompiers. Le choix est particulièrement cohérent avec la réalité du métier : ces profils apportent une maîtrise de l’astreinte, de la gestion de l’urgence et du terrain, compétences centrales pour l’assistance respiratoire.

Le contexte souligne l’intérêt de cette passerelle : les sapeurs-pompiers font face à une crise des vocations, avec 50 000 volontaires perdus en 25 ans. Proposer des trajectoires professionnelles stables, tout en restant au service du patient, crée une continuité de sens.

Le modèle est présenté comme un gagnant-gagnant:

  • Pour l’entreprise : des profils réactifs, habitués aux contraintes du terrain et aux situations critiques.
  • Pour les candidats : un cadre plus stable, des horaires plus réguliers selon les organisations, tout en conservant une mission d’utilité.

Cette approche illustre une idée simple et puissante : il existe des compétences transférables, et l’entreprise peut jouer un rôle actif pour les identifier et les convertir en valeur métier.


Tableau de synthèse : 3 leviers complémentaires pour sécuriser les recrutements

LevierObjectif principalBénéfices concretsPourquoi ça fonctionne dans le soin à domicile
AlternanceFormer un vivier interne durableAcculturation aux process, montée en compétences progressive, intégration facilitéeLes métiers exigent rigueur, terrain, relation patient et standardisation des pratiques
Promotion interneStabiliser l’encadrement et créer des parcoursManagers issus du terrain, meilleure transmission, fidélisationLa qualité de service dépend de la cohérence des pratiques et de la connaissance opérationnelle
Filière ex-sapeurs-pompiersRecruter des profils immédiatement opérationnelsCulture de l’urgence, réactivité, expérience terrain, sens du serviceLes interventions et astreintes demandent sang-froid, organisation et fiabilité

Pourquoi ce modèle parle aussi aux jeunes : emploi, compétences et sens

Le contexte de 21,5 % de chômage des jeunes rend le sujet encore plus important : l’entreprise-école peut devenir une passerelle efficace entre potentiel et employabilité. Dans un secteur qui recrute massivement, la difficulté n’est pas l’absence de besoins, mais la capacité à préparer et accompagner des profils vers la bonne compétence au bon moment.

L’alternance, en particulier, coche plusieurs cases appréciées par les jeunes générations :

  • Apprendre en situation (avec une utilité immédiate) ;
  • Voir l’impact de son travail sur des patients ;
  • Se projeter dans une trajectoire (plutôt qu’un poste “sans suite”) ;
  • Être encadré et progresser avec des repères clairs.

Et dans les métiers du soin à domicile, le sens n’est pas un slogan : il s’incarne au quotidien, au plus près des personnes prises en charge.


Une question de société : quelle responsabilité du privé dans la qualification des futurs professionnels ?

L’exemple de SOS Oxygène met en lumière une évolution de fond : quand l’adéquation entre diplômes, besoins et réalité du terrain ne suffit plus, l’entreprise est poussée à devenir un acteur de qualification.

La question est structurante : jusqu’où les entreprises doivent-elles aller pour pallier les limites du système actuel ? Dans le cas présent, le choix est pragmatique : si l’objectif est de continuer à soigner à domicile, il faut des équipes disponibles, formées, et prêtes.

Présenté sous un angle positif, ce rôle accru du privé peut produire des externalités utiles :

  • Accélérer l’employabilité de profils qui n’auraient pas trouvé leur place via les voies traditionnelles ;
  • Structurer des parcours dans des métiers en transformation ;
  • Faire circuler les compétences via la promotion interne et les passerelles ;
  • Renforcer la qualité de service par une culture partagée.

Le tout en répondant à un impératif non négociable dans la santé : la fiabilité, la rigueur et la continuité de prise en charge.


À retenir : l’entreprise-école comme avantage compétitif et moteur d’impact

Dans un secteur sous tension, la stratégie de SOS Oxygène illustre une réponse concrète et structurante : plutôt que de subir la pénurie, l’organisation investit dans la formation et dans des parcours qui rendent la croissance possible.

Les éléments clés de ce modèle sont clairs :

  • Une empreinte déjà solide avec 90 agences et 2 700 collaborateurs, dans un contexte de développement après l’acquisition de VitalAire Japan;
  • Un alignement direct avec les besoins du virage ambulatoire;
  • Une politique d’alternance assumée, avec +20 % d’alternants malgré une tendance nationale à -5 % des contrats ;
  • Une logique de promotion interne qui sécurise l’encadrement et fidélise ;
  • Une passerelle pertinente vers des profils expérimentés, dont les ex-sapeurs-pompiers, alors que la profession a perdu 50 000 volontaires en 25 ans.

Au final, ce modèle raconte une trajectoire simple : former “maison” n’est pas seulement une réponse RH. C’est une manière d’assurer la continuité des soins à domicile, de créer des carrières et d’offrir des opportunités durables dans un marché où les besoins, eux, ne faiblissent pas.

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